les jardins d'éveil

Publié le par Sauvons l'Ecole Pour Tous Bruche

Le 29 septembre dernier, la Direction des Politiques Familiales et Sociales a envoyé une circulaire aux directeurs de Caisses d'allocations familiales, leur demandant de mettre en œuvre les services d'accueil des enfants de moins de 6 ans, c'est-à-dire les jardins d'éveil.

 

Ce projet résulte d'une proposition faite par la députée UMP Michèle Tabarot dans un rapport de 2008 fortement influencé par la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), rapport repris dans le même sens par les sénateurs Monique Papon et Pierre Martin, également en 2008. En 2009, Nadine Morano, secrétaire d'état à la famille, reprend la proposition et lance les jardins d'éveil à titre expérimental.

 

Ces nouvelles structures sont présentées comme un développement du mode de garde, une alternative face à l'insuffisance d'accueil pour les tout-petits. Il est vrai qu'avec une amplitude d'ouverture assez large, par exemple de 7h30 à 19h00, au moins 200 jours par an, la formule peut séduire les familles souvent confrontées au casse-tête de la garde des enfants.

 

Pourtant derrière une jolie façade, les jardins d'éveil ne laissent rien présager de bon.

 

Les jardins d'éveil sont créés pour accueillir des enfants de 2-3 ans, c'est-à-dire l'âge d'entrée en toute petite section de maternelle. Le gouvernement se défend de vouloir remplacer celle-ci et met en avant la baisse de fréquentation des enfants de 2 ans. Pourtant, s'il est vrai que ce taux de scolarisation varie fortement d'une région à l'autre, cette baisse s'explique surtout par la perte du nombre de places attribuées aux tout-petits (moins 68000 depuis 2000), par la suppression de postes d'enseignants et non par une désaffection pour la maternelle. Il semble donc que les jardins d'éveil viennent remplacer ce que l'état a déjà retiré à l'école publique et non apporter une offre supplémentaire.

 

La circulaire du 29 septembre précise ouvertement que ces établissements accueillent les enfants en vue de faciliter leur intégration dans l'enseignement du premier degré. N'est-ce pas là, le rôle de l'école maternelle, qu’il leur est demandé d'usurper ? Il y a concurrence directe avec la toute petite section. Et la crainte est grande de voir ensuite disparaître la petite section. En effet, les enfants pourront être accueillis pour une durée allant jusqu'à 18 mois ; ce qui empiète largement sur la tranche des 3-4 ans.

 

Il faut aussi souligner que les personnels employés ne seront pas formés à l'enseignement. Il est prévu de recruter une personne de type éducateur de jeunes enfants pour assurer la direction et une autre personne titulaire par exemple d'un CAP petite enfance, ces 2 personnes devant encadrer 24 enfants.

 

Les sénateurs préconisent même de faire appel à des retraités (grands-parents) en cas de besoin d'encadrement accru. Décidément, ça devient une manie.

 

Le financement de ces établissements laisse également soucieux. Ils doivent être financés par les caisses d'allocations familiales, les collectivités territoriales mais aussi les familles. Le service est effectivement payant pour ces dernières, selon leurs revenus, il est vrai. Cependant pour les familles les plus modestes, celles-là même qui ne peuvent souvent pas accéder à la formation et à la culture, le coût sera encore trop élevé. Faute de places dans une école publique gratuite, les enfants risquent de ne plus accéder à aucune structure d'accueil. Les conséquences seront d'enfermer encore les enfants dans leur condition mais aussi d'accroître encore les difficultés de ces familles, en les privant d'accueil pour leur enfant.

 

On voit qu'il y aura d'importantes disparités selon les moyens des familles. Des disparités tout aussi fortes, se feront sentir d'une région à l'autre selon les ressources des collectivités territoriales. Celles-ci devront installer les jardins d'éveil soit dans des structures déjà existantes (crèche, école maternelle), diminuant encore l'espace disponible pour les enfants, soit dans des locaux appartenant aux collectivités locales ; locaux qu'il faudra aménager spécialement (lieux de sieste, sanitaires...)

 

Si le gouvernement préconise de ne pas dépasser un coût de fonctionnement de 8000 euros par an et par place, des sénateurs estimaient en 2006 qu'un enfant de maternelle coûtait " seulement " 4660 euros par an. La grosse différence est que, dans ce cas, l'état en paie la moitié.

 

En avril 2010, le premier bilan était assez mitigé. Nadine Morano avait annoncé 8000 places d'ici 2012 (ce qui ne représente finalement que 1% des 2-3 ans). Pour l'instant seules 200 places ont été créées, notamment en raison du manque d'entrain des collectivités qui ne veulent pas payer le désengagement de l'état. Notons cependant que les entreprises privées peuvent financer des jardins d'éveil, en y réservant par exemple quelques places. Ces dernières seront toutefois sans doute moins soucieuses de la qualité d'accueil des enfants que des profits possibles. Alors à quand un jardin d'éveil France Telecom ?

 

Nadine Zakorczmenny

 

 

 

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