La grande arnaque

Publié le par Sauvons l'Ecole Pour Tous Bruche

Le grand soir de la justice, de la décence et de la raison n'est pas pour demain. L'oppression par l'inégalité de la répartition des richesses a toujours existé. Mais ceux qui l'ont portée à un tel degré ont encore quelques raisons de dormir tranquille. Ils savent que notre culture nous rend impropres à l'affrontement violent. 

En occident nous ne connaissons plus la guerre et avons vécu trente années de croissance relativement pacifiée par la sociale démocratie. Nos enfants de moins de trente ans n'ont jamais eu droit au spectacle d'un véritable affrontement idéologique et perçoivent le monde politique comme une masse indistincte et corrompue. Germinal appartient décidément à un autre siècle et pour soigner la déprime collective, nous disposons de plusieurs moyens modernes et que l'on peut combiner.

Nous disposons de toute une panoplie de stupéfiants durs dont certains à un prix abordable comme l'alcool et la Trash TV.

Il y a la voie régressive, celle de l'impuissance s'en remettant à la toute puissance, c'est à dire le choix de l'extrême droite (ou de Dieu).

On peut aussi voler un char d'assaut à l'armée, écraser la Bourse de Paris et pulvériser le siège de Goldmann Sachs. Au delà d'une jouissance brutale et immédiate, le bénéfice de l'opération n'est pas garanti.

Les néolibéraux canal historique, parmi leur arsenal de bobards, nous ont expliqué pendant des décennies qu'il en allait de la mondialisation marchande comme de la sélection naturelle. Il y a des vainqueurs d'un côté et de l'autre des vaincus voués à s'adapter ou à disparaître. Selon ce darwinisme de café du commerce, la savane appartiendrait à des lions triomphants cartonnant qui ils veulent, quand ils veulent et où ils veulent.

Heureusement, les lions réels sont efflanqués, galeux et couverts de plaies car les zèbres, qu'ils ratent neuf fois sur dix courent plus vite qu'eux et leur en mettent plein la tête.

Parler de mondialisation sauvage, c'est faire insulte à la nature qui n'est pas néolibérale puisqu'elle passe son temps à mettre en place des régulations pour que jamais la chaîne alimentaire ne soit déséquilibrée. 

Ainsi, moyennant une dose de stress équitablement répartie, chacun a une bonne chance de pouvoir se nourrir et se reproduire.

Le zèbre rêve-t-il d'un grand soir où il se mettrait à bouffer du lion ?

Point du tout, il développe les bonnes parades et il n'y a aucune raison pour que collectivement nous n'atteignions pas l'intelligence d'un herbivore.

Observé de près, le fonctionnement de l'aliénation est très simple, donc très efficace. Il consiste à restreindre sans cesse davantage nos choix tout en détournant notre attention par le spectacle infantilisant de la consommation. Le tout sur fond d'une petite rengaine qui nous sussure que si l'on ne s'insère pas dans la file, un autre prendra notre place. 

Celui qui n'a plus les moyens d'acheter ce dont il n'a aucun besoin peut s'endetter, voler ou s'en prendre à l'immigration. Il finira par être recueilli par les services sociaux, les flics ou le Front National.

Il peut aussi lever les yeux sur sa condition, son emploi précaire, la misère galopante et le massacre organisé des services publics de son pays. Dans ce cas, un petit tour de vis supplémentaire dans la restriction de ses choix se chargera de le rendre plus réaliste.

 

Admettre que la consommation peut mener tout droit à la barbarie, c'est déjà donner un contour à la parade.  

 

  Brice Villemain

 

 

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