La dramatique évolution de la formation des enseignants

Publié le par Sauvons l'Ecole Pour Tous Bruche

Pour justifier ses réformes, le gouvernement avait orchestré (et continue à le faire) une campagne pour présenter aux Français le naufrage de leur système scolaire. Le recours à la désinformation, concernant notamment les évaluations internationales, a été massif.

Il fallait par conséquent restructurer pour mieux fonctionner, pour

" garantir la réussite de tous, réduire massivement l’échec scolaire en divisant par trois le nombre d’élèves qui ne maîtrisent pas les compétences de base. "

C’est dans ce contexte que le Ministère de l’Education Nationale a adressé aux recteurs et inspecteurs d’académie la " note de cadrage " qui précise de quelle manière il entend organiser la formation des jeunes enseignants. Tout récemment un projet d’arrêté définissant le " cahier des charges de la formation " pour les années suivantes, confirme les pires craintes que l’on pouvait avoir avec l’annonce de la " mastérisation " du recrutement et l’abandon des IUFM.

 

Au cours de ses années de master, l’étudiant pourra effectuer l’un ou l’autre stage d’observation dans une école ou effectuer des remplacements, mais sans caractère obligatoire. Les jeunes enseignants seront recrutés par des concours où les épreuves écrites d’admissibilité ne portent que sur des savoirs disciplinaires " purs ". Ce qui veut dire que tout aspect didactique aura disparu et les étudiants consacreront surtout leur temps à la préparation du diplôme et du concours.

Une partie des oraux est consacrée au thème : " Agir en fonctionnaire de l’état, de façon éthique et responsable ". On attend toujours des précisions à ce sujet. S’agirait-il de sonder la loyauté envers l’administration, donc le positionnement du candidat en ces temps de contestation de la politique éducative ?

 

Du jour au lendemain, les professeurs stagiaires se retrouveront devant les élèves sans aucune préparation, sans, pour la plupart, avoir jamais vu un élève depuis leur scolarité.

 

Une fois admis au concours, la formation professionnelle de ces personnels se limitera à un " tiers temps " (concédé par le Ministère suite aux luttes de l’an dernier) durant la première année d’exercice. Mais la majeure partie (2 mois sur trois pour le primaire) est affectée à une période de pratique accompagnée en septembre et octobre. Elle prendra la forme d’un compagnonnage. L’enseignant débutant assurera la conduite d’une classe à temps plein et bénéficiera de la présence d’un tuteur, un maître plus expérimenté désigné par un inspecteur (IEN ou IPR) à raison de 20% du temps.

Au-delà de ce " stage ", le stagiaire Professeur des Ecoles devra, jusqu’en juin, un service complet. Il sera chargé d’effectuer des remplacements de congés longs. Il pourra encore s’adresser à son tuteur, mais celui-ci sera moins disponible car lui-même aura sa classe à temps plein. Ils se rencontreront " en priorité hors du temps de service ".

Des journées de formation seront encore proposées, elles prendront des formes diverses selon les départements. Mais elles seront prioritairement proposées en dehors du service, probablement le mercredi. S’il devait quand même s’absenter de la classe pour des moments de formation, l’administration recourra

" dans toute la mesure du possible… à des contractuels ou des étudiants de master 2 ayant déjà effectué des stages et des remplacements ".

On peut imaginer la masse de travail que va occasionner pour ces jeunes enseignants, la nécessité de mener de front, l’exploration de toutes les composantes d’un métier, se former, préparer l’organisation et la conduite de la classe.

Les enseignants débutants ne disposeront d’aucun lieu institutionnel pour échanger avec leurs pairs et entreprendre, avec eux ou d’autres formateurs, une réflexion sur les pratiques. Sauf à être épaulé bénévolement par des collègues de la même école qui auront pitié de lui, le jeune professeur des écoles entrera dans le métier par la seule relation avec son tuteur.

 

Quand l’école se réveillera de ce cauchemar, toute une culture professionnelle acquise dans les IUFM aura été irrémédiablement perdue. Les acteurs et usagers du monde éducatif ont été unanimement opposés à cet abandon de la formation professionnelle des enseignants. Pourtant, le gouvernement est resté sourd.

Avec les suppressions massives de postes, la liquidation de la formation, les conditions d’enseignement se dégradent. Qui peut encore croire au discours

" qualité plutôt que quantité " ?

 

Mais voilà que des instituts de formation privés se mettent déjà sur les rangs. Ainsi l’organisme " Forprof " propose aux futurs lauréats du concours de recrutement, des stages durant les vacances et du " coaching pédagogique personnalisé ", le tout évidemment contre monnaie sonnante et trébuchante

 

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