la brutalité, l'ineptie et la peur

Publié le par Sauvons l'Ecole Pour Tous Bruche

La brutalité 

 

La manière dont est de plus en plus gérée la force de travail empoisonne à petit feu l'espoir en un monde meilleur. Plus on est précaire, plus cet espoir fait vivre et plus sa mort signifie un retour à tombeau ouvert vers la sauvagerie de la compétition perpétuelle.

Faire passer tous les jours des salariés devant l'affichage de leurs performances comparées avec la certitude d'une prochaine charrette de licenciements, c'est les forcer à se comporter comme des loups les uns envers les autres. Dire en entretien d'évaluation à un type qui pour atteindre des objectifs a sacrifié sa famille et sa santé douze heures par jour, que ce n'est pas encore suffisant parce qu'un objectif est fait pour être dépassé, c'est infâme. Lui demander d'évaluer sans cesse ses subordonnés mais aussi lui-même, c'est le pousser à tricher ou à devenir fou. Le faire souffrir pour qu'à son tour il fasse souffrir ceux sur lesquels il a du pouvoir, c'est exécrable. Le maintenir dans la perpétuelle incertitude de son sort, c'est lui pourrir la vie.

Le managing moderne a réussi l'exploit de conjuguer la bêtise, l'inefficacité et l'ignominie.

Mais dans quel but ?

Tout simplement parce que l'on sait d'expérience comment obtenir des consciences d'esclaves. Pour que l'imposture du marché érigé en loi ne s'effondre pas, il faut qu'une forte proportion de gens acceptent leur propre servitude comme une chose normale. Il n'y a pas de révolte parce que tout est pensé pour que le révolté reste isolé. Il y a ceux qui deviennent fous au point parfois de se balancer par la fenêtre mais la guerre fait des morts. Elle est même fait pour cela. Grâce au chômage, fidèle allié du cauchemar, il y a peu de déserteurs. Déserter pour aller où, pour quelle alternative?

Il restera donc toujours assez d'élus, exécuteurs de l'ordre nouveau, calculateurs, cupides et dépourvus de tout respect pour la dignité de leurs frères humains. Alors encore un effort les gars !

Les politiques finiront bien par vous accorder l'extase suprême; la suppression du statut de la fonction publique afin que vous puissiez tranquillement noyer dans la baignoire ce qu'il restera de la civilisation.

Et pour la suite, vous avez prévu quoi ? 

 

 

L’ineptie

 

Un évènement vient à point illustrer le degré d'ineptie et de brutalité atteint par les institutions dont nous dépendons. Pendant longtemps, les surplus de la Politique Agricole Commune étaient mis à la disposition de l'aide alimentaire aux plus démunis. Ces surplus disparaissant, ils ont été remplacés par une aide financière.

Pour une question vaguement juridique mais en fait sur demande pressante de l'Allemagne escortée du Royaume Uni et de trois ou quatre pays également gouvernés par des conservateurs, cette aide pourtant modeste est remise en cause. 

Dans le même temps, l'Allemagne et le Royaume Uni ont déjà signé avec la Suisse un accord selon lequel ils renoncent à poursuivre la fraude fiscale moyennant une compensation. Gageons que la France ne tardera pas à faire de même.

Voilà donc des gens qui renoncent à récupérer des dizaines de milliards de fraude et qui rechignent comme des pingres pour une somme bien faible en regard de ce que risque de coûter aux finances publiques la gestion d'émeutes de la faim. Au bilan, une gifle de plus à la face déjà bien tuméfiée de l'idéal européen et une normalisation de fait de l'évasion fiscale qui en soulagera plus d'un, très peu empressés quoi qu'ils disent de canarder à proximité immédiate de leurs propres pieds. 

Mesdames et messieurs Lagarde, Merckel, Barroso, Trichet, Sarkozy, Cameron et consorts, notre problème, c'est vous.  

 

La peur 

 

L'excellent Thomas Legrand se posait l'autre jour sur France Inter la question de savoir pourquoi il n'y a pas de manifestation d'indignés en France. D'après lui, ce serait parce que l'adversaire n'a pas un contour suffisamment précis. A l'heure où les silhouettes des mœurs politiques et bancaires sont aussi nettes que celle d'un bovin dans un corridor, son explication ne me convainc pas trop.

Je préfère me demander pourquoi il n'y a pas de révolte collective car au train où vont les choses depuis trente ans, en matière de chaos, ce que nous appelons encore la démocratie ne tardera pas à faire aussi bien que les dictatures. Dans ces conditions, sur quel terrain et dans quelle direction progresser ?

Que fait-on quand on se retrouve au milieu d'un champ de mines ?

Dans un premier temps, on se trouve un petit carré sécurisé que l'on défend férocement et on ne bouge pas.

Seuls quelques fous isolés essaient de marcher et d'affronter le danger.

Mais tôt ou tard, le petit carré s'avère à son tour invivable et il devient alors rationnel de se mettre en mouvement collectivement afin de répartir les risques. Cela s'appelle la révolution, explosion d'une masse de frustrations hétérogènes qui produit simultanément le pire et le meilleur.

Nous sentons bien qu'il y a devant nous un inévitable point de basculement au-delà duquel le désastre est possible mais  comme nous sommes devenus culturellement moins tolérants à la violence, nous nous accrocherons jusqu'à la dernière seconde à nos petits carrés. Nous sommes soumis à l'éternelle barbarie qui spécule sur la peur. Seul ses moyens ont changé.  

  Brice Villemain

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