L’escroquerie

Publié le par Sauvons l'Ecole Pour Tous Bruche

Encore 14 000 postes en moins dans l’Education Nationale à la rentrée 2012. Dans le Bas-Rhin, 108 postes supprimés dont 34 des RASED (Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté) sur les 181 actuels (suppression de 2 postes de RASED dans la circonscription de Molsheim), et 30 postes de remplaçants dits « formation » sur les 65 existants.

Le rouleau compresseur continue inexorablement son oeuvre depuis 2003 (cf notre lettre octobre 2011). Décidément nos gouvernants ont été non seulement prompts mais également persévérants à appliquer les propositions de Renaud Dutreil lors de la conférence organisée par la fondation Concorde le 24/10/2004 sur le thème « Comment insuffler le changement ? »

« C’est l’Education Nationale qui doit porter l’effort principal de réduction des effectifs de la fonction publique. …. Le problème que nous avons en France, c’est que les gens sont contents des services publics. L’hôpital fonctionne bien , l’école fonctionne bien, la police fonctionne bien. Alors il faut tenir un discours, expliquer que nous sommes à deux doigts d’une crise majeure. …..mais sans panique, sinon … . ».

Nos lettres d’informations précédentes ont déjà largement fait écho de cette hémorragie dont les enfants, futurs citoyens adultes de notre pays, font les frais, les plus fragiles en première ligne puisque les RASED payent un lourd tribut … et ce depuis 2009. Et pour cause, supprimer des postes de RASED c’est moins visible que de retirer un enseignant dans une classe.

Le personnel d’un RASED couvre plusieurs communes en zone rurale ( par exemple celui de Rothau est composé de trois personnes, elles se déplacent sur 23 communes ) ou plusieurs écoles en zone urbaine. Il travaille en collaboration avec les familles, les enseignants et les aides et services extérieurs.

Ces réseaux sont composés d’ enseignants ayant eu une formation spécifique pour s’occuper des enfants en grande difficulté en classe. Ils ne s’occupent pas d’une classe mais des enfants en difficulté scolarisés dans différentes classes.

Certains sont chargés d’une aide pédagogique : ils proposent des accompagnements pédagogiques et des progressions méthodologiques sur les fondamentaux non acquis. D’autres sont chargés d’une aide rééducative : ils accompagnent les enfants en individuel ou en groupe par le biais de médiations diverses, autour d’axes comme la socialisation, la frustration, le rapport aux règles, etc …., pour qu’ils puissent retrouver une attitude d’élèves.

Les psychologues scolaires participent à l’organisation et au fonctionnement des écoles . Ils procèdent à des observations et à des bilans individuels et peuvent également aider ou accompagner des enfants en situation de handicap.

La disparition des RASED ou leur fragilisation par diminution de personnel ne permet plus à l’Education Nationale de prendre en charge avec la même efficacité ces élèves en difficulté, ce qui peut nuire à des classes entières. Si l’on se réfère aux dires de Christian Morrison (un des principaux responsables de l’OCDE en matière d’enseignement ,cf le cahier n°13 OCDE 1996) « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse ….. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

Sans commentaire, si ce n’est que là encore nos gouvernants ont bien compris le message. Il est vrai que des stages de remise à niveau pendant certaines vacances scolaires et l’aide personnalisée le soir ou entre midi et deux heures pour les élèves en difficulté ont vu le jour avec la suppression de trois heures de cours le samedi matin. C’est que nos dirigeants sont soucieux de leur image plus que de nos enfants ! Moins de personnel dans les RASED, mais crise oblige, il faut faire des économies mais sans que les parents ne remarquent que cela se fait au détriment des enfants les plus fragiles : « Voyez bien nous faisons ce qu’il faut, le handicap, l’échec scolaire, nous nous en occupons ! »

Sauf que les enseignants « lamda » n’ont pas une formation spécialisée.

Sauf que le soir après 6 h de cours, quelle disponibilité ont encore les enfants ?

Sauf que les spécialistes des rythmes biologiques préconisent deux semaines de vacances pour que l’enfant récupère de ces 7 ou 8 semaines de classe et puisse à nouveau donner le maximum.

Sauf que ce n’est pas dans ces conditions que les grandes difficultés dont s’occupent les RASED seront résolues, seules les petites difficultés passagères peuvent être éventuellement résolues à ce moment là.

Vous pouvez trouver sur le site (www.fnarem.com) de La Fédération Nationale des Associations des Ré éducateurs de l’Education Nationale (FNAREN) un excellent document intitulé « Qu’est-ce que la difficulté à l’école aujourd’hui ? ». Cette analyse nous permet de bien comprendre que le fait de vouloir faire croire que les stages de remises à niveau et l’aide personnalisée sont une réponse adéquate à la difficulté scolaire est une véritable escroquerie .

« L’enjeu n’est pas de substituer une aide à une autre, mais bien de trouver l’aide adaptée à la situation, chacune étant particulière. Pour cela il est indispensable de garantir la pluralité des approches, le croisement des regards professionnels pour appréhender la complexité des situations, apporter les réponses les plus adaptées et les articuler entre elles dans le temps afin de répondre aux mieux aux besoins et aux évolutions de l’élève. »Extrait de la conclusion du document de la FNAREN cité ci-dessus.

Marie-Odile Rolling Ganter

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